Les asiatiques ont toujours été friands d'histoires fantastiques et leur crédulité a souvent permis de véhiculer les affabulations les plus grotesques. Certes, comme ailleurs, les "lumières" ont quelque peu entamé cette crédulité, mais il en reste encore beaucoup. Prenons en pour preuve le fait qu'actuellement, les films d'arts martiaux (dont les Chinois raffolent) projetés en Chine n'hésitent pas à montrer des combattants qui sautent par dessus des immeubles, qui paralysent les adversaires grâce à un fluide mystérieux ou qui passent à travers les murs. N'oublions pas non plus que certains styles d'arts martiaux chinois se sont construits par l'observation du comportement des animaux : la grue, le tigre, le léopard, le serpent, le dragon... Oui ! il existe bien un style du dragon. Certains ont donc observé cet animal comme d'autres ont vu le dahu dans les Alpes ou le yeti dans l'Himalaya.
Certes, la Chine connaît l'écriture depuis très longtemps, mais, dans les anciens écrits, les légendes (ou les recompositions historiques) y sont plus fréquentes que les faits authentifiés.
La culture japonaise repose entièrement sur la transmission orale jusqu'au sixième siècle. Une langue écrite est alors développée sur la base des idéogrammes chinois (les kanji), complétée à partir du huitième siècle par des idéogrammes locaux (les kana). On conçoit bien que l'usage de cette langue écrite ne se soit propagé qu'assez lentement. Une grande partie de l'histoire du Japon n'a donc été écrite que très tardivement avec toutes les erreurs, déformations et omissions que l'on imagine. Ajoutons que les arts martiaux se sont développés le plus souvent sous le sceau du secret, soit pour des raisons politiques, soit pour des questions de rivalité entre clans ou écoles.
Après la fantaisie chinoise, nous sommes confrontés au mutisme japonais.
Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour comprendre, compte tenu de la cruelle absence de documents fiables, que tous les historiques rédigés à ce jour sont pour le moins à prendre avec quelques précautions, pour ne pas dire sujets à caution.
Alors, qu'en est-il vraiment du karaté ? Ce qui est certain, ce sont les multiples influences qui sont à l'origine de l'Okinawa-te, puis du karaté. Ce qui est non moins sûr, c'est l'originalité du karaté en comparaison des nombreux autres arts martiaux extrême-orientaux et surtout l'indiscutable raffinement de son élaboration qui lui confère sa redoutable efficacité. Donc une part de création locale liée à une dose d'apports externes ; quelle dose ? quels apports ? pourquoi cette originalité ? ... Questions pratiquement sans réponses.
D'où vient le karaté ? Où va le karaté ? Nul ne peut répondre objectivement, d'autant que la technique du karaté, comme les langues vivantes, est en constante évolution. Tout au plus peut-on dire ce qu'est le karaté aujourd'hui et espérer découvrir où va son propre karaté... Mais, n'est-ce pas là l'essentiel ?